Être une femme dans le monde du vin en 2019

CHÂTEAU DE POMMARD, POMMARD FRANCE, VENDREDI 8 MARS

Oubliez les clubs privés réservés aux hommes. Ces dernières décennies, l’intérêt des femmes pour le vin n’a cessé de grandir. Après avoir été mises à l’écart pendant des siècles, elles accèdent enfin à des postes clés dans le monde du vin – avec 49% de femmes à son actif, le Château de Pommard est un parfait exemple de cette nouvelle donne. Les médias s’intéressent de plus en plus aux vigneronnes, non seulement parce que ce sont des femmes, mais surtout parce que leurs vins sont bons et bien faits. Cours et conférences sont organisés à travers le monde pour répondre à la demande de ces nouvelles amatrices, qui en profitent pour apprendre des pans de l’histoire du vin et des astuces que la plupart des hommes ignorent encore. Leur soif de connaissance a permis aux femmes de se tailler une place de choix dans un univers résolument masculin, où les habitudes ont la vie dure. Être une femme dans le monde du vin en 2019 reste toutefois un défi, et ce ne sont pas nos ambassadrices qui diront le contraire. L’une d’entre elles est Américaine ; l’autre, Française. Toutes deux incarnent notre définition de l’engagement, et croient fermement que valoriser les femmes contribue à créer un monde meilleur. Elles ont accepté de partager leurs histoires avec nous à l’occasion de la Journée Internationale du Droit des Femmes.
Margot Ducancel, la blogueuse qui veut changer les règles du jeu
Experte en art, Margot Ducancel est tombée dans le vin un peu par hasard. Auteur d’un blog à succès, elle a fondé en septembre dernier un club d’oenologie réservé exclusivement aux femmes. Toutes les six semaines, elle réunit une trentaine d’amatrices le temps d’une soirée lors de laquelle elle partage ses connaissances et encourage les femmes à mettre des mots sur ce que le vin leur inspire.
“Je viens de Picardie, pas exactement une terre de vins. Ma famille n’est pas du milieu, et ne compte aucun réseau dans le monde viticole. Je suis une vraie outsider! Mon expérience professionnelle dans le monde du vin a commencé chez Artcurial. Il n’y avait plus de place au département culture, ma première passion. Je me suis donc retrouvée à expertiser des caves alors que je ne connaissais rien au vin. La première fois que l’on m’a demandé d’inscrire le nom d’un Grand Cru de Bordeaux sur un registre, je n’ai même pas su l’orthographier correctement ! J’étais une femme, jeune qui plus est, dans un environnement particulièrement masculin ; il m’a fallu plusieurs mois pour cesser de transpirer en dégustant aux côtés de vignerons. Il faut avoir une bonne dose de courage pour se lancer dans un débat avec eux. Devenir diplômée en Management et Marketing du Vin et réussir les niveaux 2 et 3 du WSET m’a aidé à prendre confiance en moi. Au fil de mes recherches, j’ai eu l’occasion de parcourir nombre de blogs et de magazines dédiés au vin. Aucun d’entre eux ne s’adressait aux femmes. J’ai réalisé à la même époque que la plupart de mes amies aimaient le vin sans pour autant avoir les clés pour le comprendre. Mon concept était né : Du Rouge aux Lèvres est un blog dédié aux femmes, très accessible, où j’aborde tous les sujets liés au vin avec un ton léger et décalé. Le club d’oenologie est son prolongement naturel. J’aime l’idée d’un cercle réservé aux femmes : lorsque nous sommes entre nous, elles osent poser des questions et repousser leurs limites. Qu’elles soient passionnées de vin ou mondaines, elles cherchent à développer leurs techniques de dégustation et à exprimer ce qu’elles ressentent. C’est un reflet des tendances sociétales : connaître le vin, c’est aussi savoir ce que l’on boit. Cela fait partie d’une quête plus globale du bien-être et du bien manger, par laquelle passe le plaisir.”
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Kristie Petrullo-Campbell, le Chef Sommelier pour qui la qualité prévaut sur le genre

À 5 834 km de là, Kristie Petrullo Campbell sait à quel point une femme peut se sentir seule dans le monde du vin. Entre 2010 et 2012, cette jeune Américaine a officié comme Chef Sommelier chez Jean Georges, à New York. Elle était à l’époque la seule femme à porter ce titre dans un trois étoiles Michelin aux Etats-Unis, mais aussi en Italie, en France ou en Allemagne. Kristie a depuis fondé son entreprise de conseil, Petrullo Wine Company, qui intervient auprès de professionnels du vin, de passionnés et d’amateurs. Une nouvelle étape qui lui a permis de réaliser que si donner plus de pouvoir aux femmes et leur permettre d’en savoir toujours plus sur le vin constituaient un pas de géant, ce n’était pas pour autant une fin en soi.

"Les choses changent. Il y a de plus en plus de femmes dans le monde du vin. Elles font bouger les lignes, tout comme la nouvelle génération de sommeliers masculins. "

Kristie Petrullo Campbell
“Mon statut de femme m’a exposé à la discrimination, je ne peux pas le nier. Elle ne venait non pas des chefs, ou des managers, mais de clients du restaurant, la plupart du temps. L’un de mes rôles consistait à leur demander s’ils avaient besoin d’un conseil lorsqu’ils parcouraient la carte des vins. Certains me répondaient “Vous?” d’un air dubitatif. Un jour, l’un d’entre eux m’a demandé “Qu’est ce que votre père boirait?”. Pour tout vous dire, mon père ne s’y connait pas vraiment en vin et boit ce que je lui conseille ! Ce genre de commentaires était extrêmement frustrant pour une jeune femme qui faisait ses premiers pas dans le monde du vin. J’ai appris à m’endurcir avec le temps, et à oublier mon ego. Plus je prenais confiance en moi, en ma capacité à un bon sommelier, moins je me demandais si les clients avaient envie de parler vin avec une femme. J’ai fini par me souvenir que mon but était avant tout de vendre des bouteilles. Si quelqu’un demandait expressément les conseils de l’un de mes collègues masculins, je laissais ma place sans regrets. Je ressens encore cette frustration aujourd’hui, en tant que consommatrice cette fois. C’est notamment le cas lorsque les serveurs donnent la carte des vins à mon mari, comme par réflexe. Et même lorsque c’est moi qui commande la bouteille, c’est à lui qu’ils la font goûter! C’est un comble, mais les choses changent. Il y a de plus en plus de femmes dans le monde du vin. Elles font bouger les lignes, tout comme la nouvelle génération de sommeliers masculins. Ma carrière a pris un autre tournant. Plus personne ne doute de mes connaissances ou de mon expérience, et quand on me pose des questions sur mon parcours, j’essaie de me sentir flattée et non plus insultée. Certes, on m’a demandé une centaine de fois comment j’étais arrivée jusqu’ici? Où est-ce que j’avais grandi? Qu’est-ce que j’avais étudié? Et même si je dois dire que ça peut être lassant de répéter les mêmes réponses, j’essaie de rester positive. Je ne veux pas renvoyer les gens dans leurs foyers : ce sont nos histoires qui feront changer les choses, et qu’importe le nombre de fois où nous devrons les raconter. Je suis d’ailleurs très fière lorsque je lis qu’une femme se distingue dans le monde du vin. Ce qui ne m’empêche pas de me poser des questions quand je me retrouve avec une carte des vins exclusivement féminine entre les mains. Si le vin est bon, faut-il forcément préciser qu’il a été élaboré par une femme? J’espère qu’un jour, nos choix seront guidés par la qualité, et non plus parce qu’un homme ou une femme est derrière un vin. Nous allons dans le bon sens!”
Le Jury des Simone Awards a fait un rêve. Le rêve que demain, le genre ne soit plus un critère de sélection. Le rêve que les femmes soient des ambassadrices convaincues du monde viticole, et ce uniquement parce qu’elles sont sincèrement passionnées. Le rêve que les femmes occupent enfin plus de postes clés dans l’industrie du vin, parce qu’elles le méritent autant qu’un homme. Mais rêver ne suffit pas. En 2019, les femmes ont encore besoin d’être soutenues. C’est pour cela que Julie Carabello, propriétaire du Château de Pommard, a créé les Simone Awards. Que ce soit dans le monde du vin ou n’importe quel autre univers, nous croyons fermement que soutenir les femmes qui croient en leurs rêves contribuera à créer un monde meilleur. Chaque jour, notre engagement puise sa force au plus profond de nous mêmes. Nous sommes convaincus que c’est un sentiment que vous avez déjà éprouvé. Qui sait? Peut-être êtes-vous notre prochaine lauréate… à moins qu’il ne s’agisse de votre voisine, de votre cousine, de votre amie ou de cette femme altruiste que vous admirez pour son engagement à changer le monde. Il y a tant de femmes extraordinaires qui incarnent notre définition de l’engagement. Racontez-nous leur histoire, et soumettez leur candidature pour la prochaine édition des Simone Awards.