Inspiration

NOTRE ENGAGEMENT

0,53 hectare d’un terroir exceptionnel, niché aux pieds du Château de Pommard. Baptisée Simone, notre parcelle iconique incarne notre engagement ultime. Nous labourons ses sols à l’aide de chevaux de trait. Ses vignes sont taillées à la main; ses raisins, vendangés avec soin. Le vin qui en est issu est élevé pendant 30 mois dans des fûts de chêne français fabriqués dans les règles de l’art par des tonneliers soigneusement sélectionnés. Chaque jour, chaque saison, chaque millésime, Simone nous rappelle qu’il est essentiel de nous engager au service de notre passion.

Inspirée par les femmes passionnées qui bousculent les codes établis et font bouger les lignes, notre Propriétaire, Julie Carabello a imaginé les Simone Awards. Chaque année, au moment de dévoiler notre nouveau millésime de Simone, nous décernons nos Simone Awards à trois femmes à travers le monde. Notre façon d’honorer leur engagement et de soutenir les causes qui leur tiennent à coeur en leur reversant 10% des bénéfices issus des ventes de Simone 2016.

Château de Pommard works

CHÂTEAU MAREY-MONGE

QUELQUES QUESTIONS À JULIE

POURQUOI AVOIR DÉCIDÉ DE CRÉER LES SIMONE AWARDS?

Chaque jour, à travers le monde, des femmes ordinaires font des choses extraordinaires. Nous souhaitons les mettre en lumière, elles qui se dédient corps et âme à leur cause pour faire une vraie différence. Nous pensons qu’il est essentiel de partager leurs histoires, de reconnaître et d’honorer leur engagement. Si les célébrités, les sportifs ou les influenceurs disposent d’une tribune et de moyens pour sensibiliser le public à leur cause, ce n’est pas le cas de ces femmes ordinaires dont l’impact est pourtant indéniable. C’est pour cela que nous tenons à soutenir leurs efforts.

QUE SIGNIFIE LA NOTION D’ENGAGEMENT À VOS YEUX? POURQUOI Y ACCORDEZ-VOUS AUTANT D’IMPORTANCE?

S’engager signifie tenir sa parole, être dévoué et fiable, que ce soit envers une cause, une amitié ou un mode de vie sain. Cela demande de la force et du courage. Il faut garder le cap, même lorsque les obstacles s’accumulent. L’engagement exige une certaine forme de résilience : il faut savoir se remettre en selle après une chute.

VOUS PUISEZ VOTRE INSPIRATION CHEZ DES FEMMES ENGAGÉES À TRAVERS LE MONDE. QUI SONT-ELLES, ET POURQUOI VOUS INSPIRENT-ELLES?

Les trois lauréates des Simone Awards cette année ont un point commun : elles sont engagées envers des causes qui leur tiennent à coeur, non seulement parce qu’elles sont passionnées, mais surtout parce qu’elles veulent avoir un impact positif sur le monde qui les entoure. Hanli, Nathalie et Stori sont dévouées de façon totalement désintéressée. C’est rare aujourd’hui, chacun est tellement concentré sur son ego. Ces trois femmes, elles, ont choisi de sortir de leur zone de confort pour faire bouger les lignes, sans rien attendre en retour. Elles sont discrètes; elles ne se sont pas engagées pour se mettre en avant ou pour être reconnues, mais pour faire une différence. Elles sont ainsi, passionnées. C’est inspirant!

QUELLES SONT VOS PASSIONS? ENVERS QUELLES CAUSES VOUS ENGAGEZ-VOUS?

J’ai un respect infini pour les vignerons. La viticulture est un art complexe, qui demande d’être entièrement dévoué à son vignoble tout en acceptant d’être à la merci de la nature. Le Château de Pommard est plus qu’un domaine viticole, un vignoble ou un négoce – c’est un ensemble de terroirs singuliers, Simone, Chantrerie, Les Paules, Le Grand Champ, 75 Rangs, Micault et Émilie, hérités des moines Bénédictins qui ont façonné les premières parcelles de Bourgogne. Les vignobles tels qu’ils sont dessinés aujourd’hui ont été imaginés par les Cisterciens au XIVe siècle, avant que les Ducs de Bourgogne n’aient leur mot à dire. De Thomas Jefferson à Napoléon, les grands hommes se sont succédé dans la région, marquant l’histoire tour à tour. Aujourd’hui, c’est à notre famille d’apporter sa pierre  l’édifice – j’aime croire que nous écrivons l’histoire ! Pour ma part, je me suis engagée à préserver, restaurer, améliorer, entretenir et préserver un peu du patrimoine français à travers le Château de Pommard. C’est une lourde responsabilité: ces vieilles vignes, ces deux châteaux, ces murs fermés ne nous appartiennent pas. Nous ne sommes que les gardiens du Clos Marey-Monge, qui est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO.

VOUS VIVEZ À SAN FRANCISCO. COMMENT EN ÊTES-VOUS ARRIVÉE À RÉNOVER UN CH TEAU FRANÇAIS AU COEUR DE LA BOURGOGNE?

En 2013, nous avons décidé de passer l’année à Paris avec nos fils. Nous en avions toujours rêvé et l’occasion se présentait enfin. L’idée de sortir de notre zone de confort, de prendre du recul et de vivre de nouvelles expériences était particulièrement séduisante, tant pour nos enfants que pour notre famille. A l’époque, nous cherchions une maison de vacances en Provence. J’imaginais un mas dans la garrigue, avec des persiennes bleues, de la lavande dans le jardin, un petit verger…  Un lieu où il fait bon se détendre et prendre son temps aux côtés de nos familles et de nos amis.

Un jour, nous avons visité une propriété aux portes d’Aix-en-Provence, le Château de la Gaude. L’endroit était magique : une architecture du XVIIIe siècle, des jardins à la française, une orangerie, une chapelle et un vignoble en activité. Le château lui-même était certes une épave, mais une belle épave avec beaucoup de potentiel. Mais à l’époque, j’ai paniqué à l’idée de rénover une propriété aussi imposante. De retour à Paris, Michael,  s’est mis à parler d’investir dans le commerce des vins. Je lui ai dit : “Attends, je pensais que nous parlions d’une maison de vacances”. Il m’a répondu quelque chose comme : “Oui mais je ne vais pas rester assis à rien faire pendant toutes nos vacances !” Pour moi, c’est justement tout l’intérêt d’une maison de vacances, mais il ne l’entendait pas de cette oreille. “Je ne peux pas me détendre toute la journée, c’est ennuyeux. Je veux faire quelque chose!” Le Château de la Gaude avait fait naître une envie, et Michael n’en démordait pas. Fidèle à lui-même, il n’allait pas se contenter d’un petit mas dans lequel nous aurions produit un rosé de table. Nous avons tiré un trait sur la Provence et la maison de vacances. Après avoir cherché pendant près de huit ans, il a découvert, par l’intermédiaire d’un ami à Volnay, que le Château de Pommard pourrait être à vendre. L’occasion ne se représenterait pas.

Le Château de Pommard ne compte pas un, mais deux châteaux. Le Château Marey-Monge, a été construit en 1802 par l’éminente famille Marey-Monge. Deux autres familles s’y sont succédées, mais il n’est plus habité depuis le décès de l’un des anciens propriétaires, Jean Laplanche, en 2006. Le Château Micault, lui, a été construit en 1726 par Vivant Micault, qui était alors le secrétaire de Louis XV. Il est resté vide depuis les années 1900. Les deux châteaux ont été dépouillés de leur gloire passée. Les cheminées en marbre, les tentures, les miroirs trumeau, les parquets en marqueteries, les baignoires et les chandeliers ont été arrachés et revendus à des antiquaires. Au deuxième étage du Château Micault, le parquet d’origine a été arraché. Il ne restait que les poutres en bois brut, liées par un mélange de terre et de foin. Ce qui a été épargné pendant la Révolution française a été pillé 200 ans plus tard. Les étages supérieurs étaient dans le même état – des hirondelles y volaient et faisaient leurs nids entre les poutres…À notre arrivée en 2014, les deux bâtisses étaient dans un état déplorable, sans parler d’être habitables. Je suis convaincue qu’elles se seraient effondrées d’ici 25 à 30 ans si nous n’étions pas intervenus.

Nous sommes rentrés à San Francisco pour la rentrée de nos fils au lycée. Je n’avais pas le temps de faire des allers-retours en France et de me lancer dans un projet de rénovation. De son côté, Michael a rencontré des architectes et a voulu commencer les travaux sans attendre. Pendant quatre ans, il a multiplié les allers-retours entre Pommard et la Californie pour s’occuper du commerce des vins, superviser la rénovation de Château Marey-Monge et planifier la rénovation de l’ensemble du site. Mes fils et moi avons passé nos étés là-bas. Nous avons travaillé à distance grâce aux visioconférences et à Slack, et nous le faisons toujours aujourd’hui.

Y-A-T-IL CERTAINS ÉLÉMENTS AUXQUELS VOUS NE VOULEZ PAS TOUCHER?

Ce n’est pas un secret : je ne voudrais toucher à rien! Je ne voulais pas que la façade du Château Marey-Monge soit ravalée. Je voulais garder la patine du temps. Je voulais sauver les vieilles fenêtres et les planchers en bois. Malheureusement, il y avait tant d’éléments en mauvais état que ça en devenait presque dangereux. Une simple remise en état n’aurait pas suffit. Lorsqu’il a fallu les remplacer, nous nous sommes assurés de les répliquer à l’identique. De nouvelles pierres ont été installées pour remplacer celles qui tombaient en ruine –  nous allons les vieillir afin qu’elles se fondent aussi bien que possible dans les murs. Nous avons réussi à conserver le verre et les pièces métalliques des vieilles fenêtres, la plupart des parquets un radiateur en céramique du début du XIXe siècle qui se trouvait dans la salle à manger du Château Marey-Monge. Le salon abrite des peintures datant de la fin du XIXe siècle, peintes directement sur une toile appliquée sur les murs. La toile ne peut pas être enlevée sans que la peinture ne se fissure et se décolle – nous l’avons donc protégée pendant les travaux, tout comme une cheminée en marbre Directoire d’origine.

QU’AVEZ-VOUS DÉCOUVERT EN RÉNOVANT UN MONUMENT QUI FAIT PARTIE DU PATRIMOINE FRANÇAIS?

En tant qu’expatriés et Américains, nous sommes souvent plus déterminés – pour ne pas dire engagés! – que quiconque à sauvegarder et préserver le patrimoine Français. Nous étions préparés à la paperasserie, aux autorisations de travaux spécifiques pour pouvoir rénover un bâtiment classé. Nous nous attendions même à devoir faire face à une semaine de travail plus courte et à des vacances plus longues par rapport aux États-Unis. En revanche, je ne pensais pas devoir répéter sans cesse l’importance de sauver les éléments d’origine. Je suis consternée par tout ce que nous avons perdu lors des travaux de démolitions qui ont été effectués dans le Château Marey-Monge : des éviers et de la plomberie des années 1930, des tissus vintage Fortuny accrochés aux murs, des boiseries sculptées, qui n’étaient certes pas originales mais toujours ravissantes. Tout a été jeté – ou peut-être vendu, nous ne le saurons jamais. Ces éléments n’étaient peut-être pas précieux et je ne les aurais probablement pas réutilisés, mais je sais que quelqu’un aurait pu les apprécier à leur juste valeur. Au fond, la responsabilité m’incombe. Je n’étais pas là au moment des faits, et mes intentions n’étaient peut-être pas assez claires.

Nous en avons tiré une leçon essentielle : vous devez être présent, sur place, tout le temps. Nous le savions, pourtant. Nous avions déjà fait construire et rénover d’autres propriétés. J’ai moi-même travaillé sur plusieurs projets de décoration intérieure pour des clients. Mais être à près de 10 000 km apporte son lot de complications – je pourrais aussi bien être sur la lune, tant il est difficile de se tenir au courant des détails. Les photos et les visioconférences ne font pas tout. Il faut être sur place, d’autant plus lorsque vous rénovez un bâtiment historique. Si une prise électrique est installée au mauvais endroit, vous pouvez la déplacer. Si un ouvrier décolle du papier peint d’époque ou déconstruit par hasard un puits en roche calcaire vieux de 200 ans – oui, c’est arrivé! -, c’est autant d’histoire qui est perdue à jamais.

QUELLE PARTIE DU PROJET VOUS ENTHOUSIASME LE PLUS?

Je suis tombée amoureuse du Château Marey-Monge. Sa simplicité, sa pureté, ses proportions, sa symétrie, sa pierre de Chassagne rose… Je l’adore! J’aime ses nombreuses fenêtres imposantes. J’aime la perspective qu’elles offrent depuis la porte d’entrée jusqu’au parc. Il est à la fois d’une taille confortable, tout en offrant des pièces de réception aux dimensions grandioses et uniques. Il y règne une formalité et une grâce qu’on ne retrouve que dans les vieilles bâtisses et que j’admire tant. Je m’y sens comme au Petit Trianon, loin du faste de Versailles. Le Château Marey-Monge était l’un des plus beaux bâtiments de la région, mais il a souffert du temps qui passe et du manque de soins. La plomberie et l’électricité y ont été installées sommairement et modernisées à peu de frais –  le bricolage a trop souvent pris le pas sur les travaux de qualité au cours du siècle dernier. Cela peut se comprendre : rénover une telle bâtisse dans les règles de l’art demande un investissement colossal. Les propriétaires précédents n’en n’avaient pas les moyens; ils ont fait de leur mieux. Il y a quelque chose de très satisfaisant à faire revivre un château, sans parler du parc auquel nous ne sommes pas encore attelés. Nous sommes déterminés à lui rendre sa superbe méticuleusement. Je suis heureuse de le rénover avec le respect qu’il mérite.

COMMENT IMAGINEZ-VOUS LE CHÂTEAU DANS CINQ ANS?

Je vois le Château Marey-Monge comme un lieu plein de vie, dans lequel nos amis et nos familles viendront déjeuner au coeur des vignes, dîner avant de se lancer dans une partie de billard ou de cartes. Nous y servirons des espressos, des thés français et des croissants dans le Jardin d’Hiver chaque matin – le rêve de tout américain en vacances en France ! J’aime imaginer qu’il y régnera le même esprit qu’au début du XIXe siècle, que nous y partagerons des plaisirs simples loin des écrans – de la musique dans le salon, de la lecture installé confortablement dans le bibliothèque, des conversations autour d’une tasse de thé, des parties de croquet pour rythmer les soirées estivales, de longs après-midi perdus dans nos pensées au coin du feu… D’ici cinq ans, le parc et le jardin auront pris forme. Leurs arbres commenceront à s’épanouir. J’espère pouvoir y cultiver un potager, et avoir le loisir de faire du jardinage. Le Château ne sera jamais terminé – c’est un projet en mouvement perpétuel. Nous ne pouvons pas le meubler en un claquement de doigts. Je n’achèterai rien que je n’aime profondément. Qui sait, peut être que nous dînerons toujours sur une table en plastique dans cinq ans ! Il nous faudra juste une nappe en lin impeccable. J’aime les antiquités, qui portent les traces de leur passé. Cela prend du temps, et je veux le prendre.

NOMINATIONS POUR LES SIMONE AWARDS 2021

Changer les règles. Devenir toujours plus responsable. Être impliqué, jour et nuit, contre vents et marées. Chaque jour, notre engagement puise sa force au plus profond de nous mêmes. Nous sommes convaincus que c’est un sentiment que vous avez déjà éprouvé. Qui sait? Peut-être êtes-vous notre prochaine lauréate… à moins qu’il ne s’agisse de votre voisine, de votre cousine, de votre amie ou de cette femme altruiste que vous admirez pour son engagement à changer le monde. Il y a tant de femmes extraordinaires qui incarnent notre définition de l’engagement. Racontez-nous leur histoire, et soumettez leur candidature pour la prochaine édition des Simone Awards.

Stori Oates

“Notre monde fait face à des challenges de taille, et nous avons besoin de davantage de jeunes esprits pour mettre au point des solutions scientifiques tangibles."

STORI OATES, DIRECTRICE DU PROGRAMME MARC

Stori est à la fois enseignante et biologiste spécialisée dans l’étude de la faune sauvage. Elle a débuté sa carrière au sein de l’école vétérinaire de l’Université de Californie à Davis et du Centre de Recherche Vétérinaire dédié aux espèces marines du California Department of Fish and Wildlife, où elle a mené des recherches sur la santé et les maladies affectant les espèces marines en Californie. Elle dirige aujourd’hui la Marin Academy Research Collaborative (MARC). Transdisciplinaire et innovant, ce programme offre aux lycéens l’occasion de s’associer à la communauté scientifique au sens large et de travailler à la résolution de problèmes concrets pendant deux ans grâce à des outils et des cours de niveau universitaire.

Du choix de leur sujet à la publication des résultats de leur recherche, les étudiants apprennent à effectuer une revue littéraire rigoureuse, à collaborer avec des experts, à formuler des hypothèses, ainsi qu’à collecter et analyser des données avant de les présenter publiquement. Nombre de ces projets ont un impact significatif tant sur la communauté locale que sur le monde qui nous entoure. Depuis le lancement du programme, les jeunes chercheurs de Stori ont publié des études portant sur un large éventail de sujets, allant de l’application du graphène dans les super-condensateurs au nano-carbone aux conséquences de l’élévation du niveau de la mer sur les éléments vulnérables, des différentes sources de protéines à disposition des vers jaunes lors du processus de biodégradation du polystyrène pour augmenter leur durée de vie et leur efficacité aux effets de l’abaissement du pH sur la croissance et le développement de la carapace du crabe-taupe du Pacifique, pour ne citer qu’elles.

En l’espace de trois ans, la MARC est passé d’un projet pilote composé de cinq étudiants à un programme hautement compétitif dans le cadre duquel les étudiants collaborent avec des mentors issus d’agences gouvernementales, d’associations à but non lucratif ou d’universités.

Entretien avec Stori

COMMENT DÉFINIRIEZ-VOUS LE MOT “ENGAGEMENT”?

C’est une intention, une attention, un dévouement et une responsabilité vis-à-vis des objectifs, de la mission et de la vision de mon institution. La Marin Academy attend de chacun qu’il pense, crée et s’interroge tout en étant encouragé et soutenu. Elle les met au défi d’accepter les responsabilités liées à l’éducation dans une société démocratique. Je m’efforce sans cesse de proposer à mes étudiants les expériences les plus pointues tout en leur offrant une occasion unique de mener des recherches indépendantes.

VOUS ÊTES ENGAGÉE À SAN RAFAEL AVEC LA MARIN ACADEMY RESEARCH COLLABORATIVE DEPUIS QUATRE ANS MAINTENANT. POUVEZ-VOUS NOUS EN DIRE PLUS SUR VOTRE ENGAGEMENT? POURQUOI AVOIR CHOISI CETTE CAUSE PARTICULIÈRE?

J’ai toujours eu envie d’innover, de mener des programmes éducatifs et de faire tomber les barrières de l’inégalité et de l’exclusion. La MARC cherche à instiller l’enthousiasme, l’envie d’explorer et l’excellence académique chez des jeunes qui se passionnent pour la recherche et la découverte, au sein d’une communauté scientifique et mondiale en pleine évolution.


Le monde d’aujourd’hui est complexe, mondialisé et interconnecté. Il exige des individus instruits qu’ils soient capables de penser au-delà des disciplines universitaires traditionnelles. Mes étudiants sont des écrivains et des scientifiques, des mathématiciens et des artistes. Ils sont intellectuels et créatifs. Nous repoussons constamment les limites, en travaillant à l’élaboration d’un programme d’études indépendant des départements universitaires, centré sur des questions pertinentes qui affectent les individus et la société. Notre objectif est de donner aux étudiants les moyens d’établir des liens entre les différentes disciplines et de résoudre des dilemmes difficiles pour lesquels il n’existe pas de réponses toutes faites.

QUI EST LE PLUS IMPACTÉ PAR VOTRE ENGAGEMENT, ET COMMENT MESUREZ-VOUS CET IMPACT?

Nous sommes en 2019, et les femmes sont toujours sous-représentées dans les domaines des sciences, de la technologie, de l’ingénierie et des mathématiques. En 2011, elles ne représentaient que 26% des chercheurs selon les chiffres du US Census Bureau publiés en 2012. Il est essentiel d’offrir à tous les élèves, et en particulier aux jeunes femmes, de nouvelles possibilités de résoudre des problèmes concrets au-delà d’une salle de classe grâce à la recherche, à l’apprentissage et à la collaboration. Pour mesurer cet impact, nous pouvons observer les progrès de nos étudiants. Communiquent-ils mieux? Sont-ils devenus plus critiques? Sont-ils désormais plus empathiques? Le nombre de candidates inscrites au programme est également un indicateur intéressant. Nous sommes passés de 40% de jeunes femmes la première année à 67% les années suivantes.

VOUS ÊTES CHERCHEUSE ET ENSEIGNANTE. QUELS EFFETS VOTRE ENGAGEMENT A-T-IL SUR VOTRE CARRIÈRE?

La science occupe une place importante dans la culture humaine. Nous sommes entourés par la technologie et les produits de la science au quotidien. Les décisions de politique publique qui affectent chaque aspect de notre vie devraient être fondées sur des preuves scientifiques. Aujourd’hui, les jeunes femmes grandissent dans un monde de plus en plus technologique et scientifique.

Elles doivent être équipées scientifiquement pour réussir dans la vie et s’engager autant que possible auprès de leurs communautés. En tant que chercheuse et biologiste de terrain, j’ai toujours cherché à partager mes expériences et mes connaissances avec autrui. Aider mes étudiants à développer leurs facultés d’analyse et leur sens des responsabilités vis-à-vis d’un monde qui va bien au-delà d’eux-mêmes m’a permis de fusionner mon engagement et ma carrière.

EN TANT QUE FEMME, COMMENT VOTRE ENGAGEMENT IMPACTE-T-IL VOTRE VIE PERSONNELLE?

La science a toujours été un domaine dominé par les hommes. Mes recherches sur la biologie de la faune sauvage m’ont permis de prendre conscience que la règle du jeu est structurellement biaisée en faveur des hommes blancs. De plus en plus de femmes et de personnes de couleur embrassent désormais une carrière scientifique ; leur nombre reste toutefois inférieur à celui des hommes blancs. Je suis consciente de ma blancheur et des privilèges et opportunités que cela a pu me donner. En tant qu’enseignante, je cherche à créer un environnement dans lequel les élèves peuvent apprendre de façon sereine en étant couronnés de succès, quel que soit leur domaine de prédilection. Je suis convaincue que le fait de relier les sciences à des évènements qui parlent aux lycéens permet de les motiver, de leur donner le goût des sciences et de la justice sociale.

QUEL EST SON EFFET SUR VOTRE TRAVAIL AU QUOTIDIEN?

L’apprentissage le plus efficace se fait dans un cadre où la différence est encouragée, où les points de vue et les expériences sont variées – même lorsqu’il s’agit de disciplines généralement cantonnées à des écoles indépendantes. Notre système éducatif apprend aux jeunes l’empathie, le recul, la conscience de soi – autant de qualités qui sont utiles bien après la fin du lycée. Le programme MARC permet aux jeunes de mener des recherches scientifiques originales. La plupart d’entre eux n’auraient pas eu cette occasion avant plusieurs années d’études supérieures. Concrètement, cela consiste à aider les étudiants à formaliser leur pensée pour en faire des scientifiques accomplis.

OÙ VOUS VOYEZ-VOUS DANS DIX ANS?

Mon objectif le plus important est de faire évoluer le programme MARC de sa phase pilote vers un plan soigneusement articulé dans lequel chaque étudiant publierait ses recherches à la fin du programme. Pour ce faire, nous devrons renforcer nos relations avec les universités, mettre l’accent sur les stages d’été et créer des bourses d’études pour les étudiants. Les jeunes sont très sollicités pendant l’été : certains travaillent pour gagner un peu d’argent, d’autres sont engagés dans d’autres projets… Ce n’est pas toujours simple pour eux de se concentrer pour rédiger et publier une recherche scientifique. J’aimerais qu’ils puissent aller au bout de leurs recherches sans contraintes, de façon à pouvoir livrer une analyse plus profonde, à interpréter et partager leurs données. J’espère aussi pouvoir étendre le programme MARC à d’autres disciplines d’ici 2029, que ce soit les sciences humaines ou les langues.

QUELLE TRACE VOULEZ-VOUS LAISSER AVEC LE PROGRAMME MARC?

Je voudrais qu’il permette aux lycéens d’aller au bout de leurs passions et de se poser des questions dans un cadre bienveillant qui favorise leur indépendance tout en les soutenant dans leur prise de risques. Leur recherches feront une différence à leur échelle personnelle, mais également à l’échelle du monde qui les entoure. Plus nous leur donnerons la possibilité de travailler ainsi, plus nous aurons un impact sur la société, en incitant les jeunes à se lancer dans des carrières scientifiques.

Hanli Prinsloo

Photo Credit: Peter Marshall

“La chance d’un enfant se mesure à son accès à l’eau : boire de l’eau potable, apprendre à nager, et enfin explorer le monde sous-marin.”

HANLI PRINSLOO, FONDATRICE ET PDG DE LA FONDATION I AM WATER
En 2010, Hanli Prinsloo avait déjà battu tous les records d’apnée libre d’Afrique du Sud. Plonger le long d’une corde à différentes profondeurs perdait peu à peu de son attrait. L’océan avait tellement plus à offrir. Consciente de sa capacité à s’enfoncer dans les profondeurs marines à plus de 65 mètres, Hanli s’est mis en tête de partir à la rencontre des baleines, des dauphins, des phoques, des requins et autres créatures aquatiques. Autant d’expériences qui ont nourri son envie de protéger les océans et de partager son lien si particulier avec le monde sous-marin.

Quelques mois plus tard, I AM WATER voyait le jour avec une mission : comprendre l’interdépendance entre les humains et les océans tout en influençant les comportements pour protéger nos mers. Hanli a d’abord travaillé avec des jeunes de sa ville natale, Le Cap. Malgré leur proximité avec l’océan, la plupart de ces enfants n’avaient aucune idée de la richesse et des enjeux du monde sous-marin. Le programme s’est petit à petit étendu aux villes côtières d’Afrique du Sud, à l’instar de Durban. Aujourd’hui, Hanli peut se vanter d’avoir tissé un lien étroit entre plus de 1300 jeunes et l’océan. Tous sont désormais conscients de l’existence des phoques et des algues qui constituent leur écosystème côtier. Le mouvement I AM WATER, lui, n’a cessé de croître. Sa fondatrice s’est entourée d’une équipe, qui propose des expériences océaniques à travers la planète.

Entretien Avec Hanli

COMMENT DÉFINIRIEZ-VOUS LE MOT “ENGAGEMENT”?

Pour moi, l’engagement est un savant mélange de passion et de courage. Dans un monde où le profit n’a pas sa place, on ne retrouve aucune récompense habituellement associée au succès, comme l’argent ou la célébrité. Mais lorsque vous êtes profondément motivé par un objectif plus grand que vous – dans mon cas, la sauvegarde et la valorisation de nos océans – alors, à force de courage et de passion, vous pouvez réussir !

VOUS ÊTES ENGAGÉE POUR LA SAUVEGARDE DES OCÉANS EN AFRIQUE DU SUD AVEC DE I AM WATER DEPUIS HUIT ANS MAINTENANT. POUVEZ-VOUS NOUS EN DIRE PLUS SUR VOTRE ENGAGEMENT? POURQUOI AVOIR CHOISI CETTE CAUSE PARTICULIÈRE?

J’ai fondé I AM WATER en 2010 avec le désir ardent de voir davantage de mes compatriotes sud-africains se familiariser avec notre monde marin si fascinant. Je suis convaincue que nous protégeons ce que nous aimons. Paradoxalement, seule une minorité de Sud-Africains a accès à l’océan et à ses richesses. Comment attendre d’eux qu’ils cherchent à le sauvegarder si on ne leur donne jamais la chance de l’explorer et de l’aimer?

QUI EST LE PLUS IMPACTÉ PAR VOTRE ENGAGEMENT, ET COMMENT MESUREZ-VOUS CET IMPACT?

En Afrique du Sud, l’accès à l’océan et le fait de savoir nager dépendent beaucoup de votre couleur de peau. Les Sud-Africains blancs sont habitués aux piscines et aux plages dès le plus jeune âge. Ils fréquentent des écoles de natation, quand ce ne sont pas des membres de leur famille qui leur apprennent à nager. La plupart des Sud-Africains noirs, eux, ont un accès très limité à l’océan. Ils éprouvent également une peur de l’eau très répandue dans ces communautés. Dans nos ateliers Ocean Guardians, nous travaillons avec des jeunes issus de quartiers défavorisés qui vivent à moins de cinq kilomètres de la plage mais qui n’ont pourtant jamais pris conscience de ce que l’océan avait à offrir. Nous organisons des ateliers éducatifs pour les sensibiliser au monde marin. Pendant deux jours, ces jeunes explorent les côtes rocheuses. Ils découvrent leur respiration, comprennent comment leur organisme s’adapte naturellement à l’eau et, (évidemment !) plongent en apnée. Ma plus grande récompense est de les voir ouvrir les yeux sous l’eau pour la première fois. Notre impact se mesure à la fois grâce au nombre de jeunes qui participent à nos ateliers, mais également à travers les effets de ces ateliers sur eux.

VOUS ÊTES APNÉISTE, ACTIVISTE ET ENTREPRENEURE SOCIALE. QUELS EFFETS VOTRE ENGAGEMENT A-T-IL SUR VOTRE CARRIÈRE?

J’ai construit ma carrière en partant de ce qui me tient le plus à coeur dans la vie. Vous ne trouverez pas de cursus pré-établi pour suivre mes pas à l’université. Tout part de mon engagement indéfectible envers l’océan : c’est ce qui a façonné mes talents et mes compétences pour avoir un impact aussi lourd que possible.

EN TANT QUE FEMME, COMMENT VOTRE ENGAGEMENT IMPACTE-T-IL VOTRE VIE PERSONNELLE?

J’ai toujours fait passer ma passion et mon travail en premier – je n’ai pensé à construire une famille que tardivement. Cette question mise à part, je ne pense pas que le fait d’être une femme ait eu un effet significatif sur la façon dont j’ai choisi de vivre.

QUEL EST SON EFFET SUR VOTRE TRAVAIL AU QUOTIDIEN?

Je peux passer des semaines sur des îles isolées à plonger en apnée, de longues journées à la plage pour aider les enfants à surmonter leurs peurs, des soirées perchée sur des talons hauts lors d’événements importants… Les jours se suivent et ne se ressemblent pas ! J’adore cette diversité. C’est un défi de se demander chaque matin si je ne peux pas faire plus ce que je m’apprête à faire aujourd’hui.

OÙ VOUS VOYEZ-VOUS DANS DIX ANS?

J’aimerais que I AM WATER soit une organisation stable et fermement ancrée, avec une équipe de direction solide, pour pouvoir avoir un impact à travers le monde. Je rêve d’écrire enfin noir sur blanc toutes les idées que je voudrais réunir dans ce livre que je n’ai jamais le temps d’écrire, et j’espère pouvoir passer encore de nombreux jours dans et sous l’eau.

QUELLE TRACE VOULEZ-VOUS LAISSER AVEC I AM WATER?

J’espère jouer un rôle considérable dans la sauvegarde de nos océans, tant via I AM WATER qu’en multipliant les opérations de sensibilisation. Je veux qu’on se souvienne de moi comme d’une personne qui a vécu et respiré l’océan.